« 3 mai 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 123-124], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5368, page consultée le 08 août 2026.
3 mai [1837]a, mercredi soir, 5 h.
Quelle bonne journée, mon bien aimé ! Tout à la fois ta bonne lettre1 et ton
adorée petite personne ! Tout le bonheur, toute la joie en un seul jour ! Aussi je
suis heureuse comme une bonne femme bien aimée. Il fait un beau temps dans mon cœur.
Jamais plus beau soleil n’a luib sur ma
vie. Je suis heureuse, je suis très geaie. Vive
Toto ! Vive Toto ! Vive Toto ! Si jamais je remonte sur le trône, je promets de
récompenser civiquement, civilement et magnifiquement le Sieur Toto Vicomte de
Siguenza cogoliondo2
qui a bien mérité de nous pour tous les services et le dévouement à notre personne
impériale et royale. En foi de quoi nous nous plaisons à lui donner ce témoignage
de
notre gratitude en l’engageant à réclamer de nous en temps opportun le prix dû à son
héroïque et courageuse conduite.
L’an 5 de notre règne le 3 mai 1837
Juju
Jour on rit avec vous. Tu ne te [fâches ?] [fâcheras ?] pas ? Y a pas de plaisir alors. Je vous aime d’abord parce que c’est le bonheur de ma vie et la joie de mon cœur que de vous aimer. Je vous aime parce que vous êtes le plus beau, le plus noble et le plus généreux des hommes. Je vous aime parce que vous êtes le plus grand de tous ! et puis enfin je vous aime d’une manière encore plus irrésistible et plus désintéressée, je vous aime parce que je vous aime. « Êtes-vous content ? en avez-vous assez ? et faut-il encore que je mette mon cœur à nu comme je l’ai fait de l’autre chose ce matin, parce que je suis femme et que vous représentez ici l’homme le plus curieux de tout l’univers ? Oh je trouverai moyen de me venger de tout ce que vous ne me faites pas dire, allez »3, car ça m’étouffe et que j’en ai plus gros sous le cœur que le Panthéon l’indigeste mémoire. Je vous aime sept cent mille de fois plus que vous ne me donnez l’occasion de vous le prouver, et vous êtes un vieux Toto et moi une jeune Juju pleine d’ardeur et de férocité, ce qui fait que je vous baise à tous les endroits que vous avez oubliés dans mon individu femelle.
Juliette
1 Voir la veille sa première réaction à la lettre que Hugo lui a écrite dans la nuit du 1er au 2 mai.
2 Le général Hugo aurait reçu du roi Joseph Bonaparte le titre de comte Hugo de Cogolludo y Sigüenza. Le jeu de mots sur le patronyme assimile Victor Hugo à un lion (forcément « superbe et généreux »).
3 Juliette Drouet se plaît à varianter ici, en jouant sur certaines inversions, une réplique de la reine dans Marie Tudor (Journée III, Partie I, Scène 4) : « Eh bien ! est-ce que vous ne comprenez pas ce que cela signifie, monsieur ? est-ce qu’il faut tout vous dire, et qu’une femme mette son cœur à nu devant vous, parce qu’elle est reine, la malheureuse, et que vous représentez ici le prince d’Espagne mon futur mari ? […] chez une femme, le cœur a sa pudeur comme le corps. Hé bien oui, puisque vous voulez le savoir, puisque vous faites semblant de ne rien comprendre, oui, je remets tous les jours l’exécution de Fabiani au lendemain […] parce que je suis femme, parce que je suis faible, parce que je suis folle, parce que j’aime cet homme, pardieu ! – En avez-vous assez ? êtes-vous satisfait ? comprenez-vous ? Oh ! je trouverai moyen de me venger un jour sur vous pour tout ce que vous me faites dire, allez ! ».
a Le millésime est ajouté d’une main différente, sous la date.
b « luit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
